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mardi, 27 janvier 2009

POUR UN MOUVEMENT NATIONAL

Parce que l'éducation est en danger, réunissons nous !
Parce que l'enseignement que l'on propose à nos (futurs) enfants risque de devenir médiocre.
Parce que les facultés de lettres et de sciences humaines vont dépérir, à petit feu.
Parce que j'appelle cela de la censure.
Parce qu'un pays sans Art est une dictature !
Parce que nous avons besoin de penseurs, de créateurs et d'opposition.
Parce que nos enseignants ne peuvent plus exercer dans de bonnes conditions.
Parce que nous aurons toujours besoin de chercheurs.
Parce que je rêve que les universités soient en grève, soient occupées et non bloquées.
Parce que l'éducation concerne tout le monde !
Mobilisez-vous, mobilisons-nous !
Appel à la grève le jeudi 29 janvier et à la grève illimitée !
A Valence, la manifestation aura lieu jeudi : départ à 14h, Champs de Mars.

Maintenant quelques mots d'explication, pour ceux qui ne savent pas pour quelles raisons nous devons nous mobiliser, ou bien qui n'ont pas tout compris ... comme moi je l'avoue avant d'en discuter avec mes professeurs.

La 1ère raison est la remise en question du statut des enseignants-chercheurs.
A l'université, les enseignants sont avant tout des personnes qui mènent des recherches dans leur domaine. Ils enseignent assez peu finalement, une dizaine d'heure par semaine. A côté de cela, ils participent ou dirigent des colloques afin de faire progresser leur discipline. Aujourd'hui, le gouvernement propose de faire plus d'heures d'enseignement à ceux qui ne publieraient pas assez de résultat. Ce qu'il demande c'est de publier au moins un livre tous les 4 ans ou bien d'écrire plusieurs articles dans des revues classées. Les enseignants-chercheurs qui ne seront pas assez "productifs" seront en quelques sortes punis en faisant davantage d'heures de cours.
Ce qu'il faut savoir c'est que l'on ne publie pas si facilement en lettres et sciences humaines qu'en recherches scientifiques ou techniques. En effet, si la progression du vaccin contre le sida ou des découvertes sur l'ADN intéressent de nombreuses personnes, et ainsi les éditeurs, il est beaucoup plus difficile de captiver les lecteurs sur le conte de fées au XVIIe siècle ou sur l'évolution de la syntaxe ... Les éditeurs hésitent donc à publier. Quant au revues, dans tous les domaines il en existe des réputés et des naissantes. Ainsi, tous les chercheurs voudront publier dans les revues connues et les autres s'éteindront.
Bref, là commence le cercle vicieux : si les chercheurs n'arrivent pas à publier, ils enseigneront plus, or s'ils enseignent plus, ils chercheront moins et pourront publier de moins en moins etc. Et s'enchaine ensuite nombre de dérives possibles, surtout si le système de présidence d'université privilégie certains enseignants.

La 2nde raison est la même que l'année passée : l'autonomie des universités.
Ce mouvement de grève avait suscité beaucoup de débats. Elle est pourtant justifiée. Elle touche plus les universités de lettres et sciences humaines, encore et toujours ...
Ce que le gouvernement français propose est de calquer les système américain, qui a réussi à fonctionner : l'Etat ne financerait plus les fac mais elles devraient trouver elles-mêmes des financements privés auprès d'entreprises. Seulement, si ce système fonctionne aux Etats-Unis c'est qu'ils ont compris qu'une personne ayant un master de lettres était capable de raisonner, de comprendre, d'analyser la situation et de délibérer. Mais en France, l'Histoire, les mentalités et la culture font que les entreprises ne sont pas prêtes à financer les universités de lettres et sciences humaines ... ce qui n'est pas étonnant puisque ces fac forment de futurs fonctionnaires, des intellectuels, des penseurs ou des créateurs ! Autrement dit, ce ne sont pas des filières qui rapportent !
Les questions qui se posent sont d'une part de savoir comment les petites universités décentralisées vont pouvoir survivre et d'autre part savoir si les universités que j'ai citées vont pouvoir encore accueillir élèves et enseignants.
Cela renvoie aussi au système des présidents d'université qui fonctionne dans certaines universités, mais qui pourrait tendre à favoriser la recherche scientifique, s'il est mal gérer. Certains présidents ne voyant que leur propre intérêt et non pas celui de leur université et des étudiants ...

La 3e raison, enfin, est la "matérisation", mot un peu barbare je l'avoue pour dire que le concours d'enseignant sera désormais un master.
Cela pose plusieurs problèmes : la transformation périlleuse des IUFM en universités, le manque de pratique et la création d'une élite. En effet, les IUFM sont des structures solides ayant leur propre fonctionnement et pour en faire des universités il faut trouver des locaux, qui seront donc regroupés dans les grands pôles alors que des jeunes n'ont pas les moyens de payer leurs études. Les petits pôles comme il existe à Valence ne sont pas de trop. Il faut ensuite trouver les professeurs et les financements. Là-dessus je ne m'inquiète pas trop car en supprimant le stage de deuxième année, l'Etat économise sans doute des milliers (je n'ose pas dire millions ...) d'euros. Alors, voilà, l'Etat essaye de faire des économies en défavorisant l'enseignement ! Et ils ne le désavantage pas seulement d'un point de vue des économies réalisées mais aussi en matière de qualité. Par exemple, le concours qui permettait d'acceder en 2e année d'IUFM portait sur des questions en lien avec l'enseignement (un futur prof d'anglais aura des questions de langue, un futur prof de lettres une dissertation de 6h, et le tout avec des coefficient important sur les matières principales. En somme, ce qu'il y a de plus logique). Désormais, les connaissances nécessaires devront être sur le fonctionnement du système scolaire plus que sur la discipline du futur enseignant.
Ensuite, il faut savoir qu'à l'IUFM, la deuxième année était constituée de stages pour avoir de la pratique avant d'être lâché dans la jungle enfantine et adolescente ! Le master lui, favorise la théorie et les compétences intellectuelles du professeur, et réduit cette longue période de stage à 4 semaines ! Ainsi, les jeunes instituteurs arriveront dans leur classe sans même savoir à quoi s'attendre. La théorie est bien sûr importante mais il est aussi nécessaire d'avoir des compétences sociales, humaines devrais-je dire.
Mais en formant des professeurs purement intellectuels, on crée une élite. De plus, le master fera déjà le tri entre les "bons" et les "à jeter". Je ne dis pas ça comme ça, paroles en l'air ! J'ai pu le constater ... tristement. Alors, il ne restera que la crème de la population à qui nous devrons faire confiance pour éduquer nos enfants, tandis que, nous courrons encore !

Attention ! SOCIETE DANGEREUSE !!! Ne pas faire confiance à nos politiques prêts à enrichir l'Etat sur le dos des honnêtes gens que nous sommes.


Ces réformes mettent en danger toutes les universités, mais celles de lettres et sciences humaines seront davantage fragilisées. J'appelle cela de la censure si, au long terme, nous ne créons plus de penseurs dans notre société. Qui va s'opposer ?! Je vous renvoie à ce texte de Ionesco qui exprime tout ce qui risque de se passer ...

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