EU NUNCA GUARDEI REBANHOS

Auteur : Fernando Pessao sous le pseudo de Roberto Caeiro (Portugal)

Eu nunca guardei rebanhos,
Mas é como se os guardasse.
Minha alma é como um pastor,
Conhece o vento e o sol
E anda pela mão das Estações
A seguir e a olhar.
Toda a paz da Natureza sem gente
Vem sentar-se a meu lado.
Mas eu fico triste como um pôr de sol
Para a nossa imaginação,
Quando esfria no fundo da planície
E se sente a noite entrada
Como uma borboleta pela janela.

Mas a minha tristeza é sossego
Porque é natural e justa
E é o que deve estar na alma
Quando já pensa que existe
E as mãos colhem flores sem ela dar por isso.

Como um ruído de chocalhos
Para além da curva da estrada,
Os meus pensamentos são contentes.
Só tenho pena de saber que eles são contentes,
Porque, se o não soubesse,
Em vez de serem contentes e tristes,
Seriam alegres e contentes.

Pensar incomoda como andar à chuva
Quando o vento cresce e parece que chove mais.

Não tenho ambições nem desejos
Ser poeta não é uma ambição minha
É a minha maneira de estar sozinho.

E se desejo às vezes
Por imaginar, ser cordeirinho
(Ou ser o rebanho todo
Para andar espalhado por toda a encosta
A ser muita cousa feliz ao mesmo tempo),

É só porque sinto o que escrevo ao pôr do sol,
Ou quando uma nuvem passa a mão por cima da luz
E corre um silêncio pela erva fora.

Quando me sento a escrever versos
Ou, passeando pelos caminhos ou pelos atalhos,
Escrevo versos num papel que está no meu pensamento,
Sinto um cajado nas mãos
E vejo um recorte de mim
No cimo dum outeiro,
Olhando para o meu rebanho e vendo as minhas idéias,
Ou olhando para as minhas idéias e vendo o meu rebanho,
E sorrindo vagamente como quem não compreende o que se diz
E quer fingir que compreende.

Saúdo todos os que me lerem,
Tirando-lhes o chapéu largo
Quando me vêem à minha porta
Mal a diligência levanta no cimo do outeiro.
Saúdo-os e desejo-lhes sol,
E chuva, quando a chuva é precisa,
E que as suas casas tenham
Ao pé duma janela aberta
Uma cadeira predileta
Onde se sentem, lendo os meus versos.
E ao lerem os meus versos pensem
Que sou qualquer cousa natural —
Por exemplo, a árvore antiga
À sombra da qual quando crianças
Se sentavam com um baque, cansados de brincar,
E limpavam o suor da testa quente
Com a manga do bibe riscado.



Jamais je n'ai gardé de troupeaux
mais c'est tout comme si j'en gardais
Mon âme est semblable à un pasteur,
elle connaît le vent et le soleil
et elle va la main dans la main avec les Saisons
suivant sa route et l'œil ouvert
Toute la paix d'une nature dépeuplée
auprès de moi vient s'asseoir
Mais je suis triste ainsi qu'un coucher de soleil
est triste selon notre imagination
quand le temps fraîchit au fond de la plaine
et que l'on sent la nuit entrer
comme un papillon par la fenêtre

Mais ma tristesse est apaisement
parce qu'elle est naturelle et juste
et c'est ce qu'il doit y avoir dans l'âme
lorsqu'elle pense qu'elle existe
et que des mains cueillent des fleurs à son insu

D'un simple bruit de sonnailles
par-delà le tournant du chemin
mes pensées tiennent leur contentement.
Mon seul regret est de les savoir contentes,
car si je ne le savais pas
au lieu d'être contentes et tristes,
elles seraient joyeuses et contentes

Penser dérange comme de marcher sous la pluie
lorsque s'enfle le vent et qu'il semble pleuvoir plus fort

Je n'ai ni ambition ni désirs.
Être poète n'est pas une ambition que j'ai,
c'est ma manière à moi d'être seul.

Et s'il m'advient parfois de désirer
par imagination pure, être un petit agneau
(ou encore le troupeau tout entier
pour m'éparpiller sur toute la pente
et me sentir mille choses heureuses à la fois)
c'est uniquement parce que j'éprouve ce que j'écris au
coucher du soleil,
ou lorsqu'un nuage passe la main par-dessus la lumière
et que l'herbe est parcourue des ondes du silence.

Lorsque je m'assieds pour écrire des vers,
ou bien, me promenant par les chemins et les sentiers,
lorsque j'écris des vers sur un papier immatériel,
je me sens une houlette à la main
et je vois ma propre silhouette
à la crête d'une colline,
regardant mon troupeau et voyant mes idées,
ou regardant mes idées et voyant mon troupeau
et souriant vaguement comme qui ne comprend ce qu'on dit
et veut faire mine de comprendre.

Je salue tous ceux qui d'aventure me liront,
leur tirant un grand coup de chapeau
lorsqu'ils me voient au seuil de ma maison
dès que la diligence apparaît à la crête de la colline
Je les salue et je leur souhaite du soleil,
et de la pluie, quand c'est de la pluie qu'il leur faut,
et que leurs maisons possèdent
auprès d'une fenêtre ouverte
un siège de prédilection
où ils puissent s'asseoir, lisant mes vers.
Et qu'en lisant mes vers, ils pensent
que je suis une chose naturelle-
par exemple, le vieil arbre
à l'ombre duquel, encore enfants
ils se laissaient choir, las de jouer,
en essuyant la sueur de leur front brûlant
avec la manche de leur tablier à rayures.

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